Exposition « Présumées coupables » 14e-20e siècle

Confronter archives judiciaires et représentations sociales de la femme dangereuse

Affiche expo Présumées coupables
Si ce n'est déjà fait, allez voir l'exposition parisienne «  Présumées coupables » aux Archives Nationales, à l'hôtel de Soubise, jusqu'au 27 mars.

Montrer l'inégalité flagrante de traitement entre hommes et femmes lors des interrogatoires et sur une période de six siècles : tel est le pari de de cette exposition donnant à voir plus de 320 procès-verbaux et « auditions de bouche ».

À travers 5 archétypes (la sorcière, l'empoisonneuse, l'infanticide, la pétroleuse de la Commune de Paris et la traîtresse), nous entendons ces femmes confrontées aux juges qui les questionnent sur leur corps, leur sexualité. Des questions qui ne sont, à priori, pas posées aux hommes.

Vous avez dit Diable? - Chalcographie du Musée royal. Rapport de la physionomie humaine avec celle des animaux, Charles Lebrun, vers 1670 - ©  Archives nationales

 
 

Dès que la femme sort de son rôle traditionnel de mère/fille/épouse, elle est « présumée coupable », avant même d'être jugée.
 

Coupable de n'avoir aucune conscience, aucune autonomie, aucune force puisque l'on recherche toujours un ressort soit psychologique, soit sentimental, soit diabolique à leurs crimes, quand crime il y a. Car jamais aucune sorcière n'a été prise en flagrant délit de danser avec le Diable.
Pour ces crimes dits « féminins » (sorcellerie, empoisonnement, infanticide), dans le cadre de la procédure inquisitoire, les accusées n'ont même pas le droit à une défense.
Il faudra attendre le début du 18e siècle pour cela. Louise Michel, militante anarchiste et figure majeure de la Commune de Paris, se verra dénier le droit d'avoir une pensée politique, d'agir par idéologie, puisque les juges chercheront les mobiles dans une liaison amoureuse ou une fragilité psychologique. A contrario pourtant, lors de l'Épuration, les femmes seront coupables d'agir par idéologie. Jugées pour des faits de « collaboration notoire » sans plus de preuves solides que la « fréquentation » de l'ennemi, on retiendra contre elles l'adultère à la nation et beaucoup seront tondues.
 

Arletty - Rapport de police sur Léonie Bathiat, dite Arletty, Paris, 3 octobre 1945 - © Archives nationales

 
 

Une exposition qui interroge sur la sexualisation des crimes, l'impartialité des juges et des avocats face aux stéréotypes genrés, souvent défavorables aux femmes, sur la différence de traitement entre hommes et femmes et qui résonne de façon étrangement familière, encore au 21e siècle.

Découvrez l'ouvrage de référence accompagnant l'exposition  Présumées coupables, disponible à la bibliothèque Droit-Économie-Gestion en 347 PRE.
 

Catalogue de l'exposition - publié par les éditions de l'Iconolaste et les Archives nationales
Sous la direction scientifique de Claude Gauvard.
Contributions de Fanny Bugnon, Julie Doyon, Pierre Fournié, Michel Porret, Annick Tillier, Fabrice Virgili.
Préface d'Elisabeth Badinter - © Archives nationales

À noter

L'hôtel de Soubise abrite quelques grands documents de l'histoire de France, comme l'édit de Nantes et la fameuse armoire de fer qui contient aujourd'hui l'ensemble des constitutions de la France, ainsi que des documents de la plus haute valeur historique.